Mes trois conseils pour écrire une histoire personnelle

La grande majorité de mes client.es s’appuie largement sur des expériences personnelles pour nourrir leurs écrits. Et c’est normal : on écrit à partir de ce qu’on connaît émotionnellement de la vie.

Parfois, ce sont leur vraie histoire personnelle qu’iels souhaitent mettre en lumière. C’est une démarche forte et engagée, qui suit souvent un profond chemin de guérison, d’initiation et de transformation.

C’est aussi une démarche ultra vulnérable. Alors, si toi aussi, tu as un projet qui met en lumière un parcours de vie, voici mes trois conseils pour faire les choix les plus éclairés.

1. Fiction ou récit personnel : choisir le format en conscience

C’est une discussion que j’ai eue avec plusieurs de mes client.es, dont l’histoire s’inspirait complètement d’un vécu personnel.

Ce choix n’est pas anodin, car il implique de se poser des questions précises en termes éditorial, marketing et aussi de posture vis-à-vis de ton entourage.

  • Direction artistique & choix éditorial

La fiction et le récit personnel observent les mêmes codes du storytelling, à la différence que dans un récit personnel le héros/l’héroïne, c’est toi ! Il est important donc d’avoir un minimum de connaissances en termes de structure du récit et d’arc des personnages pour que l’histoire soit à la fois solide sur le plan narratif et engageante pour une audience.

Il existe également sur le marché des projets hybrides qui se disent « récit personnel » mais qui ont en réalité pour objectif de transmettre des enseignements spirituels ou de développement personnel, voire du coaching déguisé (Par exemple, Journal intime d’un tourisme du bonheur par Jonathan Lehmann). Personnellement, je n’aime pas ce mélange des genres, 1) parce que j’aime quand un.e auteur.e affiche la couleur, et 2) parce que ce genre de récit ne provoque aucune émotion chez moi. Mais c’est un format qui marche auprès des mordus du développement personnel. Donc à considérer aussi.

  • Marketing

La fiction se vend mieux que le récit personnel, qui est classé dans la non-fiction. Dans un récit personnel, l’histoire parle de toi, mais le sujet n’est pas toi. Le sujet est la thématique que tu abordes dans l’histoire et que tu veux transmettre en racontant ton parcours.

Autrement dit, ton parcours sert de cadre d’expérience pour diffuser un message précis sur un sujet spécifique. Et puisque tu racontes les faits après qu’ils se soient passés, les prises de conscience et de recul dont tu as bénéficié et la sagesse que tu en as retirée, sont à incorporer dans le récit.

Le récit personnel n’est pas à confondre avec l’autobiographie (Open d’André Agassi), avec des mémoires (A visible man d’Edward Enninful, premier rédacteur en chef de couleur de Vogue UK), ou un journal intime (Le journal d’Anne Franck).

Le récit personnel met le focus sur un pan très particulier de ta vie où tu as vécu un chemin initiatique, de guérison, de transformation bien identifiable. Pour pouvoir bien le marketer, ton positionnement doit être hyper clair : une thématique choisie en conscience, un message et un parti pris fort sur cette thématique, une clarté sur l’audience idéale qui résonne avec cette thématique et ce message, et une structure du récit qui fait la démonstration de ce parti pris.

    • Posture

    Une autre question aussi à te poser est la façon dont tu vas vivre l’écriture de ce projet émotionnellement et comment tu vas l’assumer vis-à-vis de ton entourage. Et j’ai envie de dire que c’est une question presque plus importante que le format artistique ou sa « marketabilité ».

    J’ai travaillé avec une auteure qui procrastinait sur son projet par anticipation de la réaction de son entourage. Sa peur de se montrer vulnérable, de dévoiler une part importante de sa vie amoureuse qui n’est pas connue de sa famille et sa peur de la blesser sabotait son désir d’écrire cette histoire.

    Choisir la fiction peut t’aider à prendre une certaine distance vis-à-vis de ton vécu. La fiction permet une certaine liberté dans le déroulement des faits et l’identité des personnages. Il est évidemment possible que certains membres de ton entourage s’identifient ou reconnaissent d’autres personnes, mais tu peux brouiller un peu plus les pistes que le récit personnel.

    Un détachement n’est pas possible avec le récit personnel. C’est ton histoire, brute de décoffrage. Aucune place pour se planquer, ni fanfaronner. C’est vulnérable, authentique, véridique par nature. Et c’est ce qu’une audience aime dans ce format.

    Pour les deux formats, l’écriture de certaines scènes peuvent te ramener en arrière et te bouleverser de nouveau. Trois conseils :

    1. Même si j’ai bien conscience que ce n’est pas toujours évident, sers-toi, en la canalisant, de la mémoire émotionnelle de tes souvenirs pour l’insuffler dans ton récit, plutôt que de réactiver l’émotion proprement dite, y succomber complètement et d’en être destabilisé.e au point d’avoir besoin de stopper l’écriture pendant un temps.

    2. Ne pas hésiter à te faire accompagner par un thérapeute compétent pour bien gérer cette intensité émotionnelle qui peut faire remonter des blessures pas encore tout à fait guéries.

    3. Si l’écriture proprement dite est cathartique, vas-y à fond : c’est ta thérapie ! Mais quand vient le moment d’organiser toute cette matière narrative et de réviser ton manuscrit, une distance émotionnelle s’impose pour envisager désormais ce texte comme une œuvre littéraire et avoir le recul nécessaire pour travailler le texte.

    2. Quels événements choisir pour constituer l’intrigue ?

    Pour les deux formats, la sélection des événements les plus pertinents pour l’histoire est très importante.

    J’ai travaillé avec un auteur sur un projet de fiction s’inspirant de sa vie, et qui voulait commencer le roman avec son enfance ! Non ! Une histoire, ce n’est pas une autobiographie, et ce n’est pas tout raconter. C’est choisir le moment critique où ta vie a basculé, où un incident a déclenché le premier domino d’une longue série qui t’a propulsé sur un chemin initiatique et de transformation.

    Si tu choisis de raconter ton histoire sous le format fiction, il ne faut pas hésiter à être déloyal.e à la réalité. Ta mission première est d’être au service de l’intrigue et de l’arc de transformation de ton protagoniste. Donc, sélectionne les événements qui ont une belle portée dramaturgique, fusionne des personnages pour les rendre plus complexes et riches. Et sers-toi justement de cette mémoire émotionnelle évoquée plus haut comme terreau d’expérience pour n’en garder que les pépites. Comme tu écris une fiction et non un récit personnel, tu peux te permettre de tordre un peu la réalité des faits et de les accommoder.

    Les événements à identifier :

    • le contexte de vie dans lequel tu te trouvais (désirs, besoins non assouvis, niveau d’insatisfaction, d’inconscience, systèmes de croyances, vision du monde, failles) ;
    • l’incident déclencheur qui est venu créer une disruption dans ta vie (ici, c’est quelque chose de plus subi) ou une dissonance cognitive qui a bousculé ton système de croyances ou ta vision du monde ou toi-même ;
    • l’événement-clé où tu as compris que tu ne pouvais échapper à cette initiation.
      -le moment où tu as décidé de prendre ta destinée en main et que tu as posé le pied dans ce « monde » nouveau qui t’attendait (début de l’initiation) ;
    • le ou les personnes ressources qui t’ont accompagné.e sur ce chemin ; celles aussi qui ont voulu te mettre des bâtons dans les roues, si c’est pertinent pour ton projet ;
    • un antagonisme intérieur (quels éléments propres à ta personnalité, ton histoire, tes failles sont venus dans un premier temps ralentir ta transformation/guérison) ;
    • un antagonisme extérieur, personnifié ou non (une personne, un groupe, une institution, l’environnement, le cadre de ton initiation) qui t’offrait un miroir de cet antagonisme intérieur ;
    • un ou plusieurs événements qui ont constitué des obstacles/des freins à ta transformation/guérison ;
    • un moment d’épiphanie où tu as compris la signification de ces obstacles internes et externes, et ce qui t’avait empêcher tout ce temps d’accéder à tes désirs et d’assouvir tes besoins). Il s’agira ici sûrement de mettre au jour ta blessure originelle (abandon, rejet, trahison, humiliation, injustice) et le mensonge que cette blessure a généré, c’est-à-dire une fausse croyance sur toi-même ou la vie ;
    • la ou les stratégies que tu as mis en place suite à cette épiphanie pour être davantage acteur/actrice de ta transformation ;
    • les résultats concrets de cette stratégie dans ta vie ;
    • la sagesse avec laquelle tu es ressortie de cette initiation, et comment ta vie a changé depuis lors.

    3. Faire le choix de l’authenticité ou de la crédibilité ?

    Si tu choisis le récit personnel, cette question ne se pose pas. Mais elle se pose pour la fiction.

    Dans l’interview que j’ai faite avec Caroline de Surany à l’occasion de la sortie de son premier roman, Le bruit de l’absence, Caroline me partageait que les scènes les plus authentiques de son histoire (c-a-d, celles qu’elle avait vraiment vécu) étaient celles qui étaient apparues les moins crédibles à son éditrice. 

    J’ai trouvé cela assez dingue et en même temps intéressant. Quand on vit des choses extraordinaires ou difficiles – ce qui était le cas de Caroline -, cela peut venir bousculer les croyances de certaines personnes et/ou venir les chercher sur des points de douleur non résolus.

    Je vais te raconter une histoire :

    Annabel Beam est une petite fille qui vit dans la campagne texane, avec ses parents et ses deux sœurs. Elle développe un désordre digestif qui lui provoque des douleurs atroces au ventre. Ses parents cherchent désespérément un remède pour la soulager et ne négligent aucune dépense en consultant de nombreux spécialistes. Mais il n’y a pas de remède. Cette maladie est incurable. L’état de santé de la petite fille se détériore rapidement, et ses parents se résignent à ramener leur fille à la maison, l’entourant de tout l’amour dont ils sont capables en attendant la fin.

    Un jour où Annabel se sentait assez en forme pour aller jouer dehors avec ses sœurs, elle grimpe à un vieil arbre centenaire qui avait un trou en son centre. Une branche se brise sous le poids de la jeune fille, et elle tombe tête la première dans un vide de plus de 9 mètres. Inconsciente, elle est secourue par les pompiers après plusieurs heures, puis amenée à l’hôpital en urgence.

    Après examen, elle ne souffre d’aucune fracture ni traumatisme crânien. Sortie de l’hôpital, Annabelle partage à sa mère, Christy, que pendant son coma, elle a vécu une expérience spirituelle intense et eu une conversation avec Dieu. Quelques temps après cet accident, Annabel est mystérieusement guérie de sa maladie sans qu’aucun médecin ne puisse y trouver une explication scientifique et rationnelle.

    Est-ce que cette histoire est crédible ? On pourrait en douter, surtout le côté médical. Est-ce authentique ? Oui ! Annabel Beam existe vraiment, et sa mère, Christy a raconté cette expérience hors du commun dans un livre, Miracles du ciel (Miracles from Heaven: A Little Girl, Her Journey to Heaven and Her Amazing Story of Healing). C’est d’ailleurs devenu un film avec Jennifer Gardner dans le rôle de la mère. Il est disponible sur Netflix sous le titre Miracles du ciel.

    Mon conseil de coach littéraire est ceci : si tu dois faire des compromis artistiques sur certaines parties de ton histoire, choisis bien tes batailles ! Est-ce que ces altérations par rapport à ton histoire personnelle servent-elles l’intrigue ? Le chemin de transformation des personnages ? L’empathie et l’engagement de ton audience ? Est-ce que la puissance émotionnelle de ton message s’en trouve diminuée ou non ? Appuie-toi sur tes bêta-lecteurs si tu as un doute.

    En vérité, la seule crédibilité que tu as à honorer en fiction s’exprime  :

    -d’abord au travers de ton worldbuilding, que tu l’aie imaginé ou choisi, et la nature cohérente des règles que tu auras définies pour ce worldbuilding ou qui existent de fait (par exemple, le monde de la police scientifique) ;

    -dans l’enchaînement de tes scènes, qui doivent observer une trajectoire logique de cause à effet ;

    -quand tes personnages pensent, s’expriment, agissent en alignement avec leur personnalité, leurs motivations et la nouvelle conscience qu’ils développement le long du chemin.

     

    Que tu choisisses l’un ou l’autre des formats, étudie bien les fictions et les récits de vie qui ont rencontré un beau succès dans l’édition ou au cinéma. Tu peux sûrement y trouver des bonnes idées de structure. 

     

    Crédit photo : Nathana Reboucas / Unsplash.

    Mes trois conseils pour écrire une histoire personnelle

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    Les Story Letters sont des lettres mensuelles pour te partager ce qu’il se passe dans ma vie d’entrepreneure créative et dans ce que j’expérimente avec les auteur(e)s, les artistes et les entrepreneur(e)s que je côtoie ou accompagne. C’est un mélange de coaching, de partages d’expérience et de prises de conscience, toujours avec l’intention de t’apporter une perspective nouvelle sur l’art de vivre une vie créative joyeuse et jouissive.