Sortir d'une impasse créative

En 2011, lors d’un stage de photographie à Paris, je me suis fait une méchante entorse. Bloquée, j’ai dû demander de l’aide à ma mère pour me seconder dans mon quotidien de maman solo : faire les courses, le ménage, les repas. Elle est restée avec nous pendant 10 jours le temps que les séances de kiné portent leurs fruits et me rendent plus opérationnelle.

Je viens d’une culture familiale où les femmes prennent en charge les corvées de la maison. Pour nous, il est inconcevable d’avoir une femme de ménage ou quelqu’un qui nous suppléante dans nos responsabilités quotidiennes.

A l’époque, demander de l’aide était quelque chose de difficile pour moi. J’avais toujours peur de déranger. J’avais aussi l’impression de ne pas être à la hauteur, faible, de ne pas savoir trouver les réponses ou les solutions à une problématique de vie.

Cette immobilité forcée est donc venue me chercher méchamment, et j’ai pris sur moi. Mais elle n’a pas suffi à changer mon regard sur la question.

Je suis entrepreneure depuis septembre 2013, et ce n’est qu’en octobre 2020 que j’ai demandé de l’aide pour me faire coacher dans mon business.

Sept années passées à essayer de me débattre toute seule avec toutes les composantes d’un business, alors que je ne viens pas d’une famille d’entrepreneurs, alors que je n’y connaissais rien et me suis lancée dans cette aventure bien naïvement et pas du tout préparée !

Je n’ai eu aucun problème à dépenser des milliers d’euros en développement personnel (livres, programmes en ligne et stages) ainsi que des formations en énergétique, mais je trouvais toujours qu’investir dans un coaching business était « trop cher ».

Je ne regrette pas ces stages : ils ont contribué à ma guérison émotionnelle et à mon expansion de conscience. Avec le recul, je me rends compte quand même que la spiritualité était une fuite d’une réalité pas super rose et une non-acceptation que mes besoins matériels avaient aussi besoin d’être assouvis. Avec le recul, j’aurais préféré prendre de meilleures décisions qui auraient transformé mon quotidien d’entrepreneure et de maman.

Pourquoi est-ce si difficile de reconnaître qu’on a besoin d’aide ?

Je vois trois raisons (au moins) à cela :

1. En tant que femme, nous sommes culturellement conditionnées pour être d’abord au service des autres avant de s’occuper de nos propres besoins. Le problème, c’est quand on érige un conditionnement en vertu. Nous ne sommes pas esclaves de notre famille. Avant d’être épouses, compagnes, avant d’être mères, nous sommes des individus, avec des besoins, des désirs, des aspirations, des rêves. Piétiner tout cela est non seulement extrêmement violent pour notre âme créatrice, mais envoie aussi le signal à nos enfants que se donner les moyens d’atteindre ses rêves et d’honorer ses propres besoins n’est pas prioritaire.

2. Je viens de découvrir dans différents articles de blog que la difficulté de demander de l’aide est plus grande chez les personnes introverties. Pourquoi ? Parce que pour survivre dans un monde d’extravertis, où l’action est plus valorisée que la contemplation ; dans un monde allergique à toute démonstration émotionnelle où le repli sur soi est la réponse comportementale la plus sécurisante, nous avons dû développer des qualités d’autonomie, d’indépendance et d’auto-suffisance. Ces qualités se sont transformées en mécanisme inconscient : “Il est plus sécurisant pour moi de me débrouiller seul.e. Je ne dépends ainsi de personne pour répondre à mes propres besoins. Je ne dérange personne et je ne montre pas ma vulnérabilité. »

Ainsi, en tant qu’introverti.es, nous sommes toujours très hésitant.es à placer au cœur de notre attention nos besoins et nos désirs. Toutefois, bénéficier d’un regard extérieur sur notre monde intérieur nous aide à lui donner un sens et de l’expanser.

3. Être entrepreneur ou artiste est une voie solitaire où chaque décision se prend en information incomplète et où la responsabilité des conséquences de nos choix nous incombe : est-ce que mon offre/ma création va plaire ? Faire des ventes ? Correspondre à l’attente de mon audience idéale ? Me permettre de déployer mes talents ? Incarner ma mission ? Diffuser mon message ? Etc.

Nous avons donc à nous reposer davantage sur nos qualités d’autonomie et à développer des qualités de leadership. Autonomie et leadership, 100 % oui ; être seul.es sur le chemin, non. C’est une erreur que de penser qu’on peut toujours s’en sortir seul.e.

Demander de l’aide, s’appuyer sur des ressources extérieures, ou se faire accompagner ne fait pas de nous des personnes faibles, bien au contraire ! L’ego va considérer cela comme une perte de contrôle, mais cela démontre en vérité un mindset orienté vers notre croissance et le dépassement de soi.

Lorsqu’on est ambitieux.se et déterminé.e à déployer ses talents, à concrétiser ses rêves les plus fous et à impacter positivement le monde avec nos belles créations, vient le moment où investir en soi et son projet devient indispensable, si ce n’est vital.

Même si ça vient frotter à l’intérieur, même si ça nous oblige à faire quelques sacrifices personnels pour faire de la place dans nos vies à ce rêve un peu fou, et même si cela vient nous challenger sur notre rapport à l’argent, un accompagnement se trouve souvent être la meilleure ressource dont nous avons besoin.

Dépasser ses peurs d’être vu.e dans sa lumière comme dans son ombre.

C’est en reconnaissant que j’étais une femme ambitieuse et qu’il n’était pas envisageable pour moi de laisser tomber mon business et revenir à un emploi salarié que j’ai osé rechercher un accompagnement. Pourtant, j’avais la trouille ! Et ma plus grosse peur, quand j’y repense, était bien ridicule !

Introvertie et émotive, j’avais peur de me changer en carpe si une question de ma coach viendrait à trop me challenger. Parce que c’est un mécanisme chez moi qui existait depuis l’enfance : quand l’intensité émotionnel est trop fort, je me mure dans le silence, et fais la tortue !

Ainsi, j’avais peur de ne pas arriver à verbaliser mes émotions, à être suffisamment connectée à mes ressentis pour être spontanée dans mes réponses. Sauf que j’avais oublié que cette version-là de Carole n’existait plus ! Mais en la croyant toujours vivante, je maintenais l’illusion qu’elle me définissait encore.

Bien évidemment, la réalité a été tout autre ! Rien de ce que je craignais n’est arrivé ! C’est même tout le contraire ! Grâce aux questions bienveillantes mais toujours pertinentes de ma coach, verbaliser et poser en mots ce qui me bloquait dans mon business a court-circuité mon mental très puissant qui me faisait faire des tours de parking depuis 7 ans. Aujourd’hui, j’ai davantage de clarté sur ce que je veux pour les prochaines années.

Sans ma coach, je n’aurais pas réussi à reconstruire mon business sur l’amour et l’estime de moi-même. Sans elle, je n’aurais pas réussi non plus à voir là où était ma zone de génie ainsi que la puissance et la beauté de ma mission.

Mieux, je ne conçois plus aujourd’hui de me priver de cette formidable ressource extérieure qui me permet d’avoir une autre perspective sur les challenges que je rencontre et m’évite d’être en circuit fermé avec mes émotions. Une séance suffit généralement pour alchimiser toute émotion résiduelle ou croyance ancrée. A chaque fois, un pas de plus est fait pour me diriger vers plus de légèreté et de joie.

Me faire accompagner a aussi prouvé à mon égo qu’oser montrer ma vulnérabilité ne me mettait pas en danger, mais me permettait d’accéder à ma vérité et d’apprendre à aimer mon côté lumière comme mon côté ombre.

Si tu te retrouves dans ce message, sache que demander de l’aide sur ton projet littéraire ou sur ton business ne fait pas de toi une personne faible. Cela ne veut pas du tout dire que tu as échoué à t’en sortir toute seule.

Je valorise l’autonomie et l’indépendance, et je préconise toujours à mes client.es d’aller au bout de ce qu’iels peuvent faire seul.es. Mais quand cette limite est atteinte et que tu n’arrives pas à dépasser un plafond de verre, il n’y a qu’une seule question à se poser, en vérité :

« Qu’est-ce que ça me coûte (énergétiquement, émotionnellement, psychologiquement) de me maintenir dans cette situation/cette problématique/cette non-réalisation de mon projet ? ».

La réponse à cette question en général suffit à lever les doutes, les peurs irrationnelles, à poser un choix intérieur fort et à passer à l’action.

Crédit photo : Brooke Cagle / Unsplash.
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Les Story Letters sont des lettres mensuelles pour te partager ce qu’il se passe dans ma vie d’entrepreneure créative et dans ce que j’expérimente avec les auteur(e)s, les artistes et les entrepreneur(e)s que je côtoie ou accompagne. C’est un mélange de coaching, de partages d’expérience et de prises de conscience, toujours avec l’intention de t’apporter une perspective nouvelle sur l’art de vivre une vie créative joyeuse et jouissive.