Comment tirer les leçons d'un échec littéraire

Que tu sois auteure, artiste, ou entrepreneure, l’échec fait partie du chemin d’apprentissage. Il y a toujours quelque chose de positif à retirer d’une expérience qui ne s’est pas passée comme tu le voulais. Le piège serait de tomber dans une dévalorisation de soi, dans des « comment ai-je pu croire que… » ou des « qui suis-je pour… ». Avant de pouvoir marcher, un enfant tombe. C’est le principe de l’apprentissage : test, échec, ajustement, et bis repetita.

Selon les experts de l’industrie (littérature/cinéma), seulement 3% des personnes qui commencent l’écriture d’un roman ou d’un scénario vont au bout d’un premier draft.

Dit autrement, 97% des auteurs aspirants abandonnent en cours de route soit parce que la tâche s’est révélée plus ardue qu’ils ne l’avaient imaginé, soit parce qu’ils se sont retrouvés coincés au milieu avec une intrigue qui s’est essoufflée.

La majorité l’emportant toujours, je fais partie des 97% !

Ainsi, je voulais te partager aujourd’hui la fois où j’ai tenté d’écrire un projet de webdocumentaire, et ai misérablement échoué ! Je parlerai de :
1. La découverte de mon processus créatif naturel.
2. Les 4 erreurs que j’ai commises.
3. Les 3 pépites que tu peux retirer de cette expérience.

Le contexte

Après 5 ans passés dans la communication d’entreprise, je me réoriente en 2006 vers la production audiovisuelle. En 2007, je suis embauchée dans une petite société de production de documentaires pour la télévision en tant que chargée de production.

Je voulais travailler dans l’audiovisuel surtout pour le côté créatif. Mauvaise pioche ! Il n’y a rien de plus administratif que la production. Au niveau d’une assistante ou d’une chargée de production, tu ne participes pas au processus créatif d’une œuvre, mais à la gestion administrative et financière, et à toute la logistique avant, pendant et après le tournage.

Comme je suis fine observatrice, j’apprends néanmoins beaucoup sur la gestion de projets artistiques. Et en 2012, je quitte mon poste et entre dans une phase de réflexion pour une deuxième reconversion, cette fois-ci plus tournée vers l’artistique.

Le projet

Quelques années auparavant, j’avais lu le livre de l’historienne Florence Trystram, Le procès des étoiles, un récit d’aventure d’une mission scientifique au Pérou colonial du XVIIIe siècle, menée par trois spécialistes de l’Académie royal des sciences de Paris, pour y mesure un arc méridien terrestre et statuer une bonne fois pour toute sur la vraie forme de la Terre.

Loin d’être ennuyeux et technique, le récit de la mission est écrit de manière romancée, si bien qu’on est complètement séduit par l’histoire de ces scientifiques qui se sont retrouvés coincés au Pérou, lorsque l’Académie leur coupe les crédits. Florence Trystram a réussi l’exploit de rendre vivant cette aventure humaine et scientifique, vieille de presque trois cents ans, où se mêlent ambition, jalousie, trahisons et passions.

Très emballée par cette histoire, je décide de développer un projet de webdocumentaire, un format émergeant à l’époque, qui combine texte, images, sons et vidéos, dans une narration interactive et non-linéaire.

La découverte de mon processus créatif naturel

Pour un projet de cette envergure, la recherche documentaire est un gros travail préparatoire. J’ai donc passé beaucoup de temps à collecter la matière, dans le livre d’abord, puis avec des infos complémentaires.

Puis, cette matière a commencé à tourner en rond dans ma tête et des idées et des scènes ont commencé à apparaître sur mon écran interne. Cela m’a provoqué des migraines terribles, car l’inspiration est une énergie qui entre par ton chakra couronne (sommet de la tête), puis descend dans ton troisième œil (vision), et ainsi de suite.

Sauf que j’avais peur de me mettre à l’écriture, alors toute cette énergie était coincée au niveau de la tête et créait une énorme pression.

J’ai ainsi découvert et expérimenté mon processus créatif qui est celui d’une Intuitive structurée : mon mental structure et agence les idées tout seul dans son coin, et sans poser quoi que soit par écrit, et quand c’est mûr, l’écriture se fait en un seul jet. Encore faut-il se lancer dans l’écriture proprement dite, et ne rien retenir !

Les 4 erreurs que j’ai commises :

Erreur #1. Je n’ai pas pris le temps de réfléchir intelligemment à mon projet, en amont même de la recherche documentaire :
-Pourquoi c’était important pour moi d’écrire ce projet ?
-Qu’est-ce qui m’avait réellement touchée dans cette histoire ?
-Quel était le vrai sujet et le vrai message de ce projet ?
-A quelle audience était destiné ce projet ?
-Quelle expérience interactive avais-je envie de lui concocter ?

Erreur #2. J’ai succombé à un perfectionnisme stérile.
Une fois que j’ai su dépasser ma peur d’écrire, je suis partie directement dans la fabrication du webdocumentaire. Je me suis perdue dans les détails (le graphisme et la navigation, notamment), car je suis une artiste plutôt visuelle : j’ai besoin de voir le résultat de mes yeux avant d’ajuster le texte.

Une meilleure gestion de mon temps et de mon énergie aurait été de bâtir pas à pas les éléments narratifs qui le composent. Résultat : après 3 mois de boulot, mon projet est parti en vrille et a commencé à ressembler davantage à un jeu vidéo, ce qui n’était pas du tout l’objectif !

Erreur #3. J’ai esquivé la réalité du marché.
Cinq années dans la production audiovisuelle m’ont permis de voir quels projets de documentaires sont plébiscités et achetés par les chaînes de télévision. Même s’il existe des projets originaux, le webdocumentaire vient toujours en complément de l’achat d’un documentaire classique de 52 mn, et sert de relais sur le web pour continuer l’exploration. Sauf que j’avais inconsciemment zappé ce détail ! Ou plutôt j’ai fait en sorte de l’oublier !

Et c’est là où mon égo a commencé à me faire chier à coups de « Mais, tu n’es pas auteure, ni réalisatrice, même pas journaliste ! Tu n’es personne (=pas de projets antérieurs que je pouvais défendre), donc qui voudra poser une option sur ton projet ! ». Ça pique ! C’est à ce moment que la motivation a commencé à baisser sérieusement.

Erreur #4. Je n’ai pas su gérer les hauts et les bas émotionnels propres à tout travail créatif.
En démarrant ce projet, j’ai largement sous-estimé l’implication émotionnelle d’un travail créatif en général, et particulièrement d’un travail d’écriture. J’ai traversé cette période pétrie de doutes, d’auto-critique, le tout saupoudré d’un syndrome de l’imposteur carabiné.

Les 3 pépites que tu peux retirer de cette expérience :

Pépite #1. Ne pars pas sans poser la direction artistique de ton projet.

Partir sans clarté sur les éléments fondateurs de ton projet est la porte ouverte à un auto-sabotage programmé ! Les questions essentielles que j’ai listées dans mon erreur #1 sont essentielles puisqu’elles vont déterminer la direction artistique de ton projet, ce qui oriente l’expérience émotionnelle que tu concoctes pour ton audience.

Pépite #2. Considère ton projet comme un vrai projet professionnel, et pas un hobby « à côté ».

L’écriture d’une projet littéraire ou audiovisuel, ce n’est pas de l’expression personnelle, c’est de la production artistique. Et qui dit production dit industrie. Faire abstraction de la réalité du marché du cinéma, de l’audiovisuel ou de l’édition de livres est une stratégie peu payante. Tu as besoin de connaître les œuvres qui se rapprochent de ton sujet ou de ta thématique, et qui ont déjà été diffusées. Et si c’est le cas, en quoi ton projet ajoute quelque chose de nouveau à la conversation ? Quels sont les meilleures ventes dans ton genre ? A côté de quels titres parus sera placé ton roman ? Ces questions sont fondamentales et montrent que tu as adopté un mindset de pro.

Pépite #3. Adopte un mindset en bêton.

Ecrire un projet artistique est difficile. Pas seulement pour le côté technique, qui est simple à comprendre mais pas toujours évident à mettre en application. Mais tu as aussi à développer un état d’esprit de guerrier.e sacré.e pour traverser et maîtriser les mouvements de l’égo, qui t’attendent au tournant à chaque petite faille causée par le doute.

Avec le recul, j’aurais aimé avoir à mes côtés quelqu’un qui me guide pour donner vie à ce projet, qui m’aide à poser les bonnes actions au bon moment, avec la bonne énergie, et qui me rassure sur le chemin. Je suis devenue cette personne… pour les autres ! C’est bien connu, on crée ce que l’on n’a pas eu !

Crédit photo : Mateo Fernandez / Unsplash

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Les Story Letters sont des lettres mensuelles pour te partager ce qu’il se passe dans ma vie d’entrepreneure créative et dans ce que j’expérimente avec les auteur(e)s, les artistes et les entrepreneur(e)s que je côtoie ou accompagne. C’est un mélange de coaching, de partages d’expérience et de prises de conscience, toujours avec l’intention de t’apporter une perspective nouvelle sur l’art de vivre une vie créative joyeuse et jouissive.